| Son aspect
ne diffère guère de celui d’un haricot non grimpant.
Il s’agit d’une plante annuelle ne dépassant guère
60 cm de hauteur. Ses feuilles sont composées de trois
grandes folioles triangulaires et ses fleurs, qui ont
la forme caractéristique d’une papilionacée, comme
celles du pois, sont blanches, rosées ou teintées de
lilas. Les gousses, étroites, peuvent atteindre une
vingtaine de centimètres de longueur. Elles renferment
des graines à peine plus petites que des haricots,
obtuses ou carrées aux extrémités, légèrement ridées,
généralement blanches et munies d’un « œil » noir
autour du hile - c’est-à-dire de l’endroit où la graine
s’attachait à la gousse -, lui-même blanc. On connaît
plusieurs variétés de mongette, qui diffèrent surtout
par la couleur des graines. La plante se cultive comme
le haricot nain. Elle supporte la sécheresse et n’est
guère exigeante sur laqualité du terrain.
On rencontre le terme de « mongette » ou l’un de ses innombrables
dérivés (mounjo, mougèto, mogette, mounyèta,
etc.) dans toute la zone qui s’étend
de l’embouchure de la Loire jusqu’aux
Pyrénées, à l’est jusqu’à Narbonne. Cette
légumineuse aurait été introduite en
Gaule par les Grecs de Marseille, d’où elle
se serait progressivement répandue dans
le reste du pays. Son usage reste très
fréquent jusqu’à la Renaissance, bien
que les textes médicaux du moyen Âge l’accusent de provoquer « des songes terribles
et mensongers ». Son glas commence à sonner
quand débarquent les haricots américains
(Phaseolus vulgaris), dont il
existe déjà d’innombrables variétés très
diverses, développées par les Indiens – et
qui prennent populairement le nom de « fayots »,
dérivé du latin « fasiolum »,
qui désignait jadis la mongette. Cette
dernière dénomination, qui apparaît,
semble-t-il, au 18ème siècle,
connaît deux étymologies possibles. Certains
font venir le mot d’un terme celtique « mog »,
de signification inconnue, tandis que
d’autres penchent
pour l'occitan « monge », moine,
provenant du latin monacum (homme
qui vit seul, ermite) emprunté lui-même
au grec monakhon (de monos,
seul), parce qu’avec sa tache noire elle
pourrait évoquer la silhouette d’un moine
ou d’une nonne vêtu d’un froc beige…
Au
19ème siècle le catalogue de plantes
potagères de Vilmorin cite encore notre plante
sous le nom de « dolique mongette », « haricot à œil
noir », « pois yeux noirs », « dolique à œil
noir », « coco œil noir » ou « dolique
de Chine ». Elle reste cultivée en Vendée,
en Poitou et dans les Charentes jusque dans
la seconde moitié du 20ème siècle.
Mais il semble qu’à l’heure actuelle la véritable
mongette ait été totalement remplacée en France
par une variété de haricot blanc. On parle
d’ailleurs le plus souvent de « mogette » ou de « mojette »,
l’orthographe en étant discutée. C’est un haricot de
type lingot, à grosses graines en forme de
rein ou plutôt rectangulaires, blanches,
brillantes et tendres, avec une peau fine et
fragile. Bien que la zone traditionnelle de
sa culture soit plus étendue (jusqu’à Angoulême
et Saintes vers le sud), on parle souvent de
la mojette de Vendée et une demande d’IGP (Indication
géographique protégée) a été demandée. Elle possède aujourd'hui sa
confrérie, ses fêtes annuelles à La
Ferrière et au Poiré sur Vie et sa foire aux
Brouzils, en octobre. en Lauragais autour de Castelnaudary, on
cultive sous le nom de « mongette » une
variété de haricot blanc, apparemment différente
de la précédente, qui entre dans la composition
du cassoulet.
La mongette doit être préalablement lavée puis trempée une nuit et cuite
une heure (peu après la récolte) ou davantage
dans une eau non calcaire afin que le
haricot soit moelleux à souhait. L’utilisation
d’un récipient de terre est conseillée,
et l’on obtient les meilleurs résultats
en laissant mijoter le plat au coin du
feu pendant au moins trois heures. On
y ajoute souvent un morceau de jambon
sec ou de lard. II était
courant dans les fermes de faire dorer
une grosse tartine de pain de campagne,
une « rôtie », de la frotter d'ail, de
la beurrer largement, puis d'y étaler
une couche épaisse de mogettes moelleuses
et bien chaudes. Ce qui restait était
consommé froid, en salade.
Quant à la
véritable mongette, elle est toujours
cultivée à l’heure actuelle en Italie
(fagioli
all'occhio nero),
en Espagne (caupi) et surtout
au Portugal (feijão frade). On
la rencontre aussi dans les pays arabes
(lubia) d’Afrique du Nord et du
Moyen-Orient. Elle est très courante
aux États-Unis (black-eyed pea, cowpea)
et au Brésil (feijão de corda),
où c’est l’une des principales légumineuses
locales avec quelque 700.000 ha de culture.
les jeunes gousses tendres peuvent se manger comme
les haricots verts, mais cet usage est beaucoup
moins fréquent que la consommation des graines
mûres, très nutritives. Leur valeur calorique
(350 kcal/100
g) est légèrement inférieure à celle des pois
chiches et des pois cassés, mais supérieure à celles
des lentilles et des haricots.
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