François Couplan
Les plantes, une histoire d'amour
Bien que né à l'ombre de la Tour Eiffel, je suis tombé dans
les plantes quand j'étais petit... Ça ne fait pas mal, bien au
contraire : j'en ai retiré d'immenses bonheurs. À commencer par
ces émotions intenses qui m'assaillaient lorsque, enfant, je récoltais
avec mes parents dans les Alpes de Savoie des girolles au parfum d'abricot
dont j'allais porter les délicats boutons dans le panier de ma mère
- avec bien en vue le régal de l'omelette baveuse et parfumée
dont nous allions nous délecter. Si je ne suis pas né gourmand,
je le suis vite devenu...
La suite était peut-être facile à prévoir. Les études de mathématiques me paraissaient bien arides, déconnectées de la réalité, et la musique rock impliquait un mode de vie pas toujours très sain. Je devais donc fatalement revenir un jour à mes premières amours, les plantes et la nature. Deux rencontres avec des octogénaires passionnés allaient me mettre sur la voie : celle d'un botaniste-poète dans les Vosges, mon maître en botanique, puis d'un oncle végétarien avec qui je parcourus longuement les environs de Sisteron à la récolte des légumes sauvages.

A mon retour en France, ma rencontre avec Marc Veyrat fit vibrer intensément ma fibre gourmande et l'appréciation des plantes sauvages comestibles prit dès lors une toute autre dimension. Je pénétrai un monde de saveurs folles que je n'avais fait qu'effleurer en vingt ans de travail/plaisir quotidien (il manque un mot dans notre langue pour décrire cette façon dont je vis l'occupation de mon temps...).
Par ailleurs, le soutien moral d'Yves Coppens me donna l'envie et les moyens de faire reconnaître mes travaux par le Diplôme de l'École Pratique des Hautes Études puis par le doctorat du Muséum National d'Histoire Naturelle.
Mais ma découverte du monde végétal est loin d'être finie. Car j'ai entrepris d'explorer le monde à la recherche des végétaux qui s'y consomment, dans les différentes cultures qui peuplent la planète. Depuis une dizaine d'années bien comptées, les découvertes ont été riches - souvent éblouissantes, parfois un peu étranges, il faut aussi le reconnaître, mais généralement extrêmement stimulantes. Au point qu'il m'est difficile de me retrouver dans la cuisine occidentale de tous les jours, généralement peu passionnante : il nous reste tellement à apprendre !

Toutes ces expériences ont donné lieu à la publication de quelque cinquante livres, dont deux Encyclopédies, et de plus de six cents articles parus dans divers magazines. Parmi de nombreux projets, celui qui me tient le plus à coeur est de réaliser une Encyclopédie des plantes comestibles du monde entier où je voudrais, si Dieu me prête vie, montrer de façon globale et synthétique toutes les possibilités alimentaires, gourmandes et nutritionnelles que nous offre le règne végétal. Vous voyez, il y a encore de quoi faire…








